Ah la belle Afrique. Continent de contrastes, de couleurs, de peuples accueillants. Peut-être sont-ce les publicités des brochures qui
vantent les qualités, beautés, atouts des multiples pays où les touristes sont – devrais-je dire étaient – les bienvenus. On doute aujourd’hui que les touristes se précipitent en grand nombre sur
ce continent étant donné la tournure que prennent les évènements dans plusieurs pays qui étaient autrefois relativement paisibles, accueillants, calmes, même si tout n’était pas parfait, et qui
deviennent au fil du temps des lieux de moins en moins fréquentables.
Je ne parle pas bien sûr du Zimbabwe sur le quel je reviens plus loin, mais d’autres tels que le Kenya, l’Afrique du
sud, la Tanzanie, ou d’autres de la sphère francophone comme la Côte d’Ivoire.
Au Kenya, les troubles qui s’y sont déroulés après les élections du mois de janvier ont refroidi l’enthousiasme
pro-africain de milliers de touristes qui croyaient ce pays à l’abri des soubresauts qui agitent en permanence de nombreux états africains. Ralentis les safaris photos, les visites de parcs
nationaux, sources d’entrée de devises en grande quantité. Pour une fois qu’un pays avait réussi, dans la stabilité, à faire du tourisme une source de revenus importante faisant vivre des
milliers de gens, il a fallu que quelques centaines d’individus remettent en cause une forme de prospérité économique, à l’échelle de l’Afrique, tout ceci pour des considérations bien souvent
ethniques dans la plupart des cas.
Malheureusement ces troubles au Kenya ont eu des répercussions économiques défavorables sur la Tanzanie voisine où
de nombreuses visites de touristes ont été annulées au cours des derniers mois à cause du phénomène de contagion. Si les touristes ne vont plus au Kenya, ils ne vont plus en Tanzanie pour y voir
le Kilimanjaro ou le parc national puisque près de 40% des touristes qui visitent la Tanzanie sont passés auparavant par le Kenya.
Depuis plusieurs mois, l’Afrique du Sud n’est plus à l’abri d’émeutes xénophobes graves dans un pays présenté à un
moment comme un exemple. Là-bas, le risque est plus grand puisque, comme je l’écrivais dans un précédent éditorial il y a quelques mois, la communauté internationale a eu le tort de confier
l’organisation d’une compétition majeure comme la Coupe du Monde de football à ce pays sans en mesurer vraiment les conséquences. Il est aujourd’hui le théâtre de violences xénophobes d’un niveau
très élevé, les locaux accusant les « étrangers » de « manger le pain des Sud-africains » pour parodier un ancien humoriste français. L'Afrique du Sud, le pays le plus riche
du continent noir, a été considéré depuis des décennies comme un paradis par les habitants de ses voisins pauvres. Ce sont par conséquent près de cinq millions de personnes qui auraient franchi
les frontières pour travailler dans les mines, usines et secteur du tourisme sud-africain. Ces immigrés sont donc accusés de voler le travail des Sud-africains et d’être à l’origine de
l’augmentation de la criminalité.
Bizarre que l’on n’entende pas nos bonnes âmes moralisatrices évoquer le comportement de ces Sud-africains qui
refusent l’étranger sur leur territoire alors qu’ils sont les premiers à fustiger le premier Européen ou Français qui ose évoquer la limitation de l’immigration en le traitant de tous les noms
d’oiseaux possibles.
En Côte d’Ivoire, pays autrefois plutôt prospère économiquement, la corruption, les combines politiques ont entraîné
une situation telle que la France a du renforcer sa présence militaire, ne serait-ce que pour éviter les luttes intestines entraînant des massacres entre populations d’origines différentes. Par
ricochet, des violences anti-françaises ont envenimé la situation à la fin de l’année dernière, enlevant l’envie à certains de nos ressortissants de
rester dans ce pays ou d’y aller en vacances.
Et nous avons aussi le Zimbabwe. La situation y est quelque peu différente en ce sens que ce n’est pas un pays qui
attire les touristes et ce depuis bien longtemps. Depuis des décennies le président MUGABE tient son pays dans une main de fer par la violence, les exactions, les assassinats, les enlèvements et
s’enrichit sur le dos d’une population de plus en plus pauvre, non pas chaque année ou chaque mois, mais chaque jour. Un dollar américain vaut aujourd’hui des milliards de dollar de ce pays et ce
qui reste de l’économie s’enfonce totalement. Le président est un pantin qui se déguise comme s’il allait au carnaval qui est, chez lui, permanent. Après un premier tour de l’élection
présidentielle qui s’est tenu il y a plus de trois mois, il organise cette semaine le deuxième tour sans opposant, celui qui était face à lui ayant décidé de jeter l’éponge et de se réfugier dans
les locaux de l’ambassade des Pays-Bas.
Dans le même temps, la « communauté internationale » se désole, comme elle s’est désolée avec les massacres en Somalie il y a
quelques année et plus récemment au Darfour pour lequel personne ne faisait rien. Elle laisse le pantin s’agiter, tuer ses propres concitoyens parce
qu’ils sont contre lui et attend que le temps fasse son œuvre en espérant – secrètement – que quelqu’un, au Zimbabwe, se débarrasse de lui. Pourquoi n’applique-t-on pas à MUGABE ce qui a été
fait, soit pour MILOSEVIC en Serbie ou Saddam HUSSEIN en Iraq ? Même les Africains pourraient aider la « communauté internationale ».
Patrick CURTAUD
Conseiller général de l’Isère
Adjoint au maire de Vienne