Quand va-t-on vendre, en France, peut-être en avant-première, les mêmes petites médailles bleues que certains
d’entre nous ont du avoir à un moment de leur enfance, qui représentaient la Vierge Marie et qui étaient souvent accrochées à une chaîne de cou ou à un bracelet, mais qui seront, cette fois, à
l’effigie de Barack OBAMA ? A lire quelques articles récents, peu nombreux mais réels, dans la presse française, on n’est pas loin de la canonisation du Président américain tellement la
béatitude est grande. Quelle ne sera pas la déception lorsqu’il prendra un jour une décision qui ira à l’encontre, soit de nos intérêts, soit de l’idée que certains se sont faits du locataire
actuel de la Maison Blanche.
Le pompon, la palme, revient ces derniers jours au supplément de l’un des principaux quotidiens nationaux (je ne
dirai pas le « plus grand » si l’on compare son tirage famélique à ceux de ses homologues allemands, britanniques ou italiens) qui a pris le prétexte d’un dossier de l’hebdomadaire
américain Time pour transformer « l’Obamania » en contemplation religieuse. Que la presse américaine soit encore sous le charme après juste cent jours au pouvoir, cela peut se
comprendre et s’expliquer. Encore que. C’est le cas de la presse des côtes est et ouest ; la tonalité commence à être différente dans ce que l’on appellerait « l’Amérique
profonde » où, même si leur Président reste très populaire, les médias locaux n’ont plus tout à fait la même perception que depuis le mois de novembre quand il fut élu
Maintenant que la presse française, du moins quelques journalistes se pâment, on frise le ridicule. Photo à l’appui,
on nous dit que le Président « se repose les yeux fermés ; un siège empêche de voir s’il a les pieds sur la table du Cabinet Room (la pièce de leur Conseil des ministres) … Dans le
fond, le secrétaire au Trésor travaille (heureusement) … Atmosphère sereine, décontractée qui contraste avec la tempête économique et financière qui ne cesse de souffler sur les
États-Unis ». C’est tellement émouvant qu’on en pleurerait !
Et le journaliste de poursuivre : « en regardant cette photo … publiée par le magazine à l’occasion des
cent premiers jours de la présidence OBAMA, il ne viendrait à l’esprit de personne d’imaginer que le Président américain se la coule douce… C’est la présidence cool…. Dans le bureau Ovale,
quelques passes de football avec un conseiller diplomatique, une discussion avec sa fille » et des photos pour « parfaire la légende naissante (rien moins que cela) OBAMA qui danse avec
son épouse, OBAMA qui regarde un portrait de KENNEDY, OBAMA seul dans la nuit travaillant à son bureau ».
Avec les lignes de ce journaliste français qui s’est « fendu » d’une rédaction du niveau troisième, ne
manquent plus que le son harmonieux des cloches qui sonnent l’avènement du Messie et le survol d’angelots tout habillés d’un blanc pur.
Par contre, ce qui est difficilement compréhensible, c’est la transition, qui vient « comme un cheveu sur la
soupe » avec la présidence française. En fait, cet éloge quasi-religieux du Président américain n’a qu’un seul objectif : se lancer dans une critique de N. SARKOZY à laquelle s’ajoute
une référence aux propos de R. DATI qu’elle a tenus sur les élections européennes récemment à l’occasion d’une réunion de jeunes de l’UMP. Quel lien entre OBAMA, SARKOZY et une réunion de l’UMP
en présence de Rachida DATI ? Aucun, si ce n’est noircir quelques lignes pour se faire plaisir contre le Président de la République ? Cela ne rapportera pas le prix Pulitzer à l’auteur
de cet article.
Pris dans sa tourmente zélée, il ne peut rien faire d’autre que citer le journaliste américain du magazine
Time qui écrit que « après ces brillantes premières semaines au cours desquelles il a précisé ses intentions, voici venu pour Barack OBAMA le temps de gouverner ».
« Brillantes premières semaines » : cela ne semble pas être l’opinion d’autres commentateurs
américains, pas seulement dans le camp des Républicains les plus acharnés. Une politologue démocrate, ancienne collaboratrice du Président CLINTON et qui est loin d’être isolée, déclarait il y a
peu, à l’occasion des cent jours de B. OBAMA qu’il n’avait pas montré grand chose, hormis le fait qu’il écoutait beaucoup. Il va bien falloir agir un jour et c’est alors que les choses peuvent se
compliquer.
Maintenant, B. OBAMA garde un niveau de popularité extrêmement élevé, équivalent à celui de G.W. BUSH pendant ses
cent premiers jours !
Maintenant, opposer le style OBAMA au style SARKOZY, c’est un peu simple, car, comme toujours aux États-Unis (comme de nos jours en
Europe), tout est calculé, pesé, organisé : que ce soit la fausse sieste sur un fauteuil en balance, le chien que l’on fait parader devant les journalistes dans les jardins de la Maison
Blanche comme dans un concours canin ou les saluts de la main des deux filles OBAMA dans le style des films des studios Disney.
Patrick CURTAUD
Conseiller général de l’Isère
Adjoint au maire de Vienne