+0,2% d’augmentation des prix au mois d’avril ; +0,1% sur une année. Jamais depuis une cinquantaine d’années, les prix n’avaient
aussi peu augmenté en France, comme chez nos partenaires économiques. Si on est loin des taux d’augmentation des prix à deux chiffres des années 70, la faute à la situation économique actuelle
qui s’est fortement dégradée depuis l’automne dernier.
Avant de revenir sur le sujet principal, la hausse des prix, signalons tout de même que des changements encore faibles, mais réels, commencent à se faire sentir.
Depuis de nombreux jours, les bourses occidentales ont rattrapé les pertes du début de l’année. En outre, des signes viennent de l’autre côté de l’Atlantique : en mars, puis avril,
l’augmentation du nombre de chômeurs s’est sensiblement ralentie, même si elle ne s’est pas arrêtée. Nous ne voyons pas encore le bout du tunnel, mais en Europe aussi, il y a convergence pour
dire qu’une légère amélioration pourrait se produire en 2010.
Pour revenir à la question des prix, cette hausse de 0,1 sur une année n’en empêchera pas certains d’affirmer que la
vie ne cesse d’augmenter, et surtout, pour reprendre les exagérations d’autres : « depuis l’euro, les prix n’ont cessé d’augmenter : le pain, la salade, la viande, etc … ».
N’accusons pas l’euro de tous les maux et il serait intéressant de reprendre des prix, dans le secteur de l’alimentaire, appliqués dans l’année qui a précédé l’introduction de l’euro, et de les
comparer avec les prix actuels. Il faudrait aussi le faire pour des biens de consommation courante, durables et non durables. On aurait certainement des surprises. C’est ce qui a été fait dans le
marché couvert d’une petite ville d’Espagne où étaient comparés les prix de quelques produits alimentaires frais, en euro et en pesetas : ils montraient une quasi absence d’augmentation
depuis l’introduction de l’euro.
Malheureusement, les seuls éléments que les médias – et surtout les chaînes de télévisions avec les reportages de
bords de trottoirs ou de comptoir – nous donnent, ce sont des affirmations du promeneur ou du buveur de café ou de bière.
Contrairement à ce qui a été martelé lors d’une campagne, c’était peut-être vrai alors, les Français (et les
Européens en général) ne sont pas confrontés aujourd’hui à un problème de pouvoir d’achat, mais à un problème d’emploi. Au passage, ne disons pas que l’on se moque de ce qui se passe ailleurs en
Europe car ce sont aussi nos clients et nous faisons tourner nos machines économiques respectives. Il n’est pas inutile de le rappeler à quelques semaines des élections européennes.
La question du pouvoir d’achat est un faux problème à un moment où, si les salaires ne progressent pas (ou plus),
les prix ne bougent pas non plus, y compris dans l’alimentaire, un secteur où la hausse a été de +1% en un an. Ce qui importe aujourd’hui, et ce qui préoccupe principalement ceux de nos
concitoyens qui sont touchés et menacés, c’est l’emploi.
On trouve des éléments de réflexion sur cette question du pouvoir d’achat dans le rapport remis cette semaine par le
directeur de l’INSEE au Président de la République sur « le partage de la valeur ajoutée et des
profits ». Le rapport dit que « le surplus de productivité que l'on peut distribuer pour accroître
les rémunérations des salariés est trois fois moins élevé que dans les années 1980, ce qui explique en partie la faible hausse du pouvoir d'achat des salaires nets ». Il constate aussi que
« le partage de la valeur ajoutée a été assez stable au cours des 20 dernières années, avec un tiers
destiné aux profits et deux tiers à la masse salariale » ; par contre, il note aussi que le pouvoir d’achat des salariés n’a augmenté que modestement au cours des 25 dernières années,
l’augmentation nette ne représentant que 0,8% par an en moyenne. Le problème est que « le surplus de productivité que l’on peut distribuer pour accroître les rémunérations des salariés est
trois fois moins élevé que dans les années 80 », l’une des raisons étant liée à de « de fortes créations d’emplois après une période d’atonie, mais des emplois à faible qualification et
à durée de travail incomplète, ce qui a stimulé la croissance de la masse salariale mais déprimé la rémunération par tête ».
Ce rapport montre aussi que lors des 20 dernières années, les salaires les moins rémunérés ont progressé plus vite que pour les Français
du milieu de l'échelle en raison des revalorisations du Smic, alors que tout en haut de l’échelle (un millième de la population la mieux rémunérée), « ils ont progressé beaucoup plus vite
que pour le reste des rémunérations ». C’est pourquoi le salarié médian se sent rejoint et distancé et c’est sans doute une des explications du malaise actuel car dans un univers très
contraint, avec des gains de productivité très faibles, les conflits sur les différences de répartition des revenus sont assez inévitables. Le rapport indique aussi qu’avec la crise, « on va
aller vers une normalisation … avec moins de dividendes car le phénomène s’inverse quand la capitalisation boursière s’effondre, ce qui ne veut cependant pas dire que le partage de la valeur
ajoutée va changer ».
Patrick CURTAUD
Conseiller général de l’Isère
Adjoint au maire de Vienne