Le refrain, pour ne pas dire la rengaine, repris régulièrement par des citoyens, ou pire des responsables politiques, consiste à dire
que « l’Europe n’est pas assez démocratique », que c’est un monstre hypertrophié qui ne prend pas en compte les « aspirations » des citoyens européens (quelles
sont-elles ?), qu’elle est éloignée de nos préoccupations, bref quelque chose dont on se passerait bien, aux yeux de certains. Ce serait ensuite une entité dirigée uniquement par des
fonctionnaires sur lesquels le pouvoir politique n’aurait aucune prise, ces fonctionnaires et leur « bras armé », la Commission, étant ce qui a pu arriver de pire à l’Europe.
Comme toujours, dans de nombreux pays, on a tendance à ne voir que les trains qui arrivent en retard (ou pas du tout comme c’est le cas
souvent en France), plutôt que ceux qui fonctionnent et arrivent à l’heure. Et l’Europe, c’est surtout cela. Une institution qui ne marche pas si mal
que certains veulent bien l’affirmer, même si elle connaît parfois des ratés.
Commençons par tordre le cou à une affirmation que ne cessent de colporter tous ceux qui en veulent à l’Europe pour une raison ou une
autre. L’Union Européenne serait dirigée par une pléthore de fonctionnaires tout puissants. Les fonctionnaires et autres collaborateurs (qui n’ont pas tous le statut de fonctionnaires européens)
sont 32.000 pour une population totale de l’Union de 455 millions de citoyens, dans 27 pays.
Risquons maintenant la comparaison : la France comptait à la fin de l’année 2006 5.200.000 fonctionnaires, en hausse de 0.3% par
rapport à 2005. Ils se répartissent entre 2.5 millions pour l’État, plus de 1.7 millions pour les collectivités locales et un million dans les hôpitaux. Si le nombre a reculé pour l’État et est
resté stable dans les hôpitaux, les collectivités territoriales ont augmenté leur nombre de plus de 3%. On se dispensera de comparer les chiffres français et européen ! Une idée fausse qu’il
faut maintenant oublier, même si elle aura encore longtemps la vie dure.
« L’Europe, une entité éloignée des préoccupations des citoyens ». Il est toujours facile de lancer une telle affirmation dans
une discussion au coin du zinc, ou encore mieux, dans une réunion politique où de tels propos déclenchent immédiatement les applaudissements.
SI l’on regarde de plus près, l’Union Européenne (et notamment l’union économique et monétaire) a permis de stabiliser les prix, de
dynamiser les échanges commerciaux au sein de la zone euro, ceux-ci représentant un tiers du PIB de la zone euro, contre un quart dix ans plus tôt et d’avoir des taux d’intérêt oscillant aux
environs de 5% (au lieu de 9% dans les années 90). Ce chiffre de 5% n’est pour le moment plus d’actualité compte tenu de la baisse historique des ces taux dans de nombreux pays du monde, y
compris dans la zone euro.
La politique agricole commune (PAC) est aussi une avancée importante qui s’est constituée grâce à l’Europe, même si, ponctuellement,
celle-ci est critiquée, voire vilipendée par certains secteurs de la profession agricole. Il n’empêche qu’elle a eu davantage d’effets positifs que négatifs. Elle a notamment permis les
« prix garantis », qui assurent aux agriculteurs un prix minimum pour leur production en comblant la différence entre prix du marché et prix garanti ; elle a instauré les aides
directes au revenu depuis la réforme de 1992 puisqu’en échange d’une baisse des prix garantis, l’UE verse des aides proportionnelles à la superficie de l’exploitation. En outre, la
préférence communautaire permet d’isoler l’agriculture européenne des variations des prix mondiaux en lui accordant des avantages en matière de prix par rapport aux produits importés.
La PAC est critiquée car le budget est difficile à stabiliser, l’élargissement à 27 pose des problèmes et certaines aides profitent aux propriétaires d’importantes exploitations. Les réformes de 1992 et 1999 ont instauré le système des aides directes. De plus, aujourd’hui, les aides ne sont plus liées à la production. Les
agriculteurs reçoivent une aide par exploitation à la condition de respecter des normes européennes en matière d’environnement et de sécurité alimentaire.
S’il est un domaine où l’Europe est loin d’avoir été un échec, c’est aussi celui de la sécurité collective. Dans les pays de l’Union,
c’est la paix qui règne depuis plus de 60 ans et ce n’est pas pour rien que d’autres pays veulent rejoindre l’institution. Nous partageons un héritage culturel qui est le fruit d’une histoire
commune à partir de l’Empire romain et l’institution du droit écrit, avec le christianisme comme étape qui a structuré l’Europe au Moyen-Âge, avec la révolution industrielle qui a entraîné, le
développement du capitalisme en même temps que l’instauration de la protection sociale, avec une paix que notre continent connaît, sur la majorité de son territoire, depuis plus de six
décennies.
Si cette Europe était si détestable, si horrible, si menaçante pour les citoyens, comment expliquer que plusieurs pays aient adhéré ces
dernières années et que d’autres frappent à la porte ? Pour éviter le déficit démocratique, il vous reste une « mission » à accomplir : voter le 7 juin
prochain.
Patrick CURTAUD
Conseiller général de
l’Isère
Adjoint au maire de Vienne