En ces temps où il est de bon ton de jeter par la fenêtre ce qu’on a adoré, défendu, soutenu, promu, il n’est peut-être pas forcément
bien venu de remettre en cause les positions prises ces derniers mois par tous ces responsables politiques ou économistes qui font de John Maynard KEYNES la nouvelle coqueluche du CAC 40. Ne
parlons pas des enseignants en économie des universités françaises : eux sont restés scotchés à MARX et la plupart demeurent « indécrottables ».
Et si KEYNES n’avait pas toujours raison ou n’était pas parvenu à comprendre tous les éléments de l’économie ? C’est ce qu’a fait
remarquer un économiste américain, Mark THORNTON, à l’occasion d’une publication récente sur l’ancien économiste britannique. Il note par exemple que KEYNES utilise souvent un langage fleuri,
parlant par exemple d'« esprit animal » ou de « trappe à liquidités » pour décrire ce qu'il ne parvenait pas, semblait-il, à comprendre.
A titre d’exemple, KEYNES ne comprenait pas pourquoi certains individus peuvent investir dans des activités risquées qui permettent à
l'économie de croître et de créer des emplois. Il a donc parlé « d’esprit animal » sans voir qu'il s'agissait là de motivation à réaliser un profit. De même, le manque d'investissement
serait également causé par un problème psychologique, qu'il a nommé « trappe à liquidités ». Ceci survient lorsque les investisseurs cherchent à détenir des liquidités et quand la
politique monétaire – par la baisse des taux d'intérêts – ne permet plus d'accroître les investissements. KEYNES pensait que si les entrepreneurs perdent collectivement leurs nerfs, le
gouvernement doit socialiser l'investissement, soutenir la demande et l'emploi, et fournir des garanties permettant de ramener l'économie au plein-emploi. C’est un point du fonctionnement de
l'économie qu’il ne maîtrisait pas, ne pouvant donc pas comprendre comment l'économie peut se rééquilibrer durant une phase de récession.
C’est pourquoi le problème actuel du monde politique, notamment occidental, de B. OBAMA à N. SARKOZY, en passant par G. BROWN et A.
MERKEL est qu’il s’en tiennent tous aux théories keynésiennes, sous l’influence d’économistes transis de peur. Qui nous dit que si on avait seulement laissé les marchés fonctionner librement,
l'économie n’aurait pas déjà atteint son point le plus bas et que certaines grandes entreprises mondiales (banques, assurances ou autres) ne renaîtraient pas de la faillite et que le taux de
chômage commencerait à baisser au lieu de continuer à augmenter. Pour reprendre la terminologie de KEYNES, « l’esprit animal » a disparu et il a été remplacé par la peur avec la
mise en place de politiques gouvernementales ambitieuses qui réduisent la motivation par le profit et incitent les milieux économiques, soit à préserver leur capital, soit à être sauvé par le
politique. Ces mêmes milieux économiques redemanderont moins de régulation le jour où l’économie repartira vraiment à la hausse !
Concernant la « trappe à liquidités » de KEYNES, celle dans laquelle nous sommes tombés, elle pourrait s’avérer dangereuse.
Selon KEYNES, cette trappe se forme quand des agents économiques apeurés tentent d'épargner davantage et de consommer moins. Mais moins de consommation (selon KEYNES) nuit aux entreprises et à la
production (la fameuse relance par la consommation), ce qui met en danger les entreprises et l’emploi. La trappe serait donc liée à l’épargne ou à la thésaurisation (épargner sans faire
fructifier) qui sont mal vues par certains économistes alors que cela permet de se protéger contre des situations imprévues, voire dangereuses telles que récession ou inflation. Si la
consommation baisse, les prix baissent et tous les prix qui étaient gonflés pendant des périodes de croissance – artificielle dans certains secteurs comme le foncier ou le capital – retrouvent
des niveaux plus bas. A la suite de quoi les dettes sont liquidées et les stocks d’épargne reconstitués. La déflation ne doit pas non plus être trop forte car on entre alors dans la situation où
nous nous trouvons aujourd’hui, c’est-à-dire la récession.
C’est pourquoi « trop de KEYNES » dans l’économie peut entraîner des catastrophes économiques comme la Grande Dépression, la
« stagflation » (croissance faible et inflation) dans certains pays dans les années 60 et 70. A cette époque, la stagflation a été la conséquence de multiples politiques de relance
fiscales et monétaires en application des préceptes de KEYNES qui ont montré leurs limites. Prenons garde de ne pas nous retrouver dans cette situation après cette période de crise.
C’est vrai, sans les sauvetages mis en place par les gouvernements, il y aurait eu davantage de thésaurisation et d’épargne, une
déflation plus rapide, peut-être davantage de faillites au début, mais un retour plus rapide à la normalité. En outre, en ne sauvant pas certains « canards boiteux », soit parce qu’ils
n’ont plus d’existence possible, soit parce qu’ils ne le méritent pas à cause de leur comportement antérieur comme on l’a fait pour certaines institutions, on ne crée pas de situations où on part
du principe qu’on peut tout se permettre en sachant qu’il y aura un sauvetage en cas de problème. Nous avons vu ce qu’il s’est produit au cours des douze derniers mois.
Ce n’est peut-être pas très « politiquement correct » d’avancer de telles options par les temps que nous vivons. Le moyen
terme nous dira si les remèdes de KEYNES sont les seuls qui permettent de s’en sortir. Pour la période actuelle, ils peuvent en donner l’impression.
Patrick CURTAUD
Conseiller général de l’Isère
Adjoint au maire de Vienne