Que peut faire, mais aussi que veut faire l’Occident face à la situation de crise que traverse l’Iran depuis
l’élection présidentielle récente ? Avec l’élection – quelque peu surprenante et surprise – de Mahmoud Ahmadinejad dès le premier tour, tous les pronostics ont été déjoués. Les observateurs, iraniens et étrangers, s’attendaient à une élection beaucoup plus serrée entre celui qui a été réélu et
son plus sérieux concurrent, Mir Hossein Moussavi. Le problème, c’est que Ahmadinejad a un premier
mandat de quatre ans derrière lui et qu’il a eu largement le temps de bâtir un appareil d’État à sa solde : appareil politique, mais surtout policier et répressif. Cet appareil politique lui
permet d’avoir des factions qui lui sont totalement dévouées, essentiellement parce qu’il a l’appui de certaines franges des religieux qui sont à la base de tout en Iran.
L’élection Ahmadinejad dès le premier tour a
certainement été organisée pour éviter des surprises au second. Si l’élection avait eu lieu dans des conditions normales, aux normes démocratiques, peut-être serait-il arrivé en tête au premier
tour. Mais être confronté à un second tour risquait de mettre en péril l’édifice qu’il a construit sous l’autorité de certains chefs religieux, et notamment du « guide suprême »,
l’ayatollah KHAMENEI. C’est une éventualité et un risque que ne pouvait se permettre le pouvoir iranien car, « à la régulière », le second tour pouvait être perdu par Ahmadinejad et son clan. D’où des bizarreries, des tricheries, des fraudes dans l’organisation du scrutin qui ont abouti au résultat que l’on connaît
aujourd’hui. Pour ne citer qu’un seul exemple, on peut parler de nombres de votants supérieurs aux électeurs inscrits dans plusieurs lieux de vote, dans la capitale et à l’extérieur.
Quelle peut être la suite des évènements, surtout après les manifestations violentes et les premiers
morts de la semaine dernière ? Est-on, dans ce pays, au début d’un processus qui pourrait amener des bouleversements identiques à ceux qu’il a connus il y a maintenant une trentaine
d’années ? A cette époque, on présentait le régime du Chah comme inébranlable, solide sur ses fondations. Il n’en a rien été et il s’est effondré comme un château de cartes à partir du
moment où la majorité de la population avait signifié son aversion pour un régime qui était également dictatorial, comme l’est celui des mollahs aujourd’hui dont Ahmadinejad est l’homme de paille. Le peuple ira-t-il plus loin que ce qui s’est produit ces derniers jours ? En a-t-il les capacités alors que le
couvercle se referme sur la contestation, alors que le pouvoir iranien veut cacher au monde la répression qui s’accentue en expulsant les journalistes les plus gênants, au premier rang desquels
ceux de la B.B.C. qui a eu l’audace de créer une chaîne de télévision par satellite en farsi. Sur cette chaîne sont diffusées des informations sur les évènements d’Iran autres que la version
officielle débitée quotidiennement aux Iraniens, à l’image de ce que font toutes les dictatures que le pluralisme gêne.
Comme si cela ne suffisait pas, les autorités judiciaires iraniennes ont promis mardi de « donner une
leçon » à tous ceux qui ont été arrêtés dans les manifestations organisées pour contester la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad. De quoi refroidir bien des ardeurs chez tous ceux qui aspirent à davantage de liberté dans ce pays.
D’un autre côté, le candidat « malheureux » MOUSSAVI ne peut pas être non plus considéré
comme tout blanc. C’était l’un des fidèles de l’ayatollah KHOMENEI qui l’avait nommé premier
ministre en 1981, l'année suivant l'attaque de l'Iran par l'Irak de Saddam HUSSEIN. Cela
laisse penser que la lutte entre lui et Ahmadinejad n’est rien d’autre qu’un combat d’influence entre plusieurs factions de religieux
iraniens.
Face à cette situation, que peuvent faire l’Occident, l’Union Européenne, les États-Unis, voire
d’autres pays démocratiques, sinon condamner les exactions dont sont victimes les opposants iraniens dont certains sont partis croupir dans les prisons du régime ? Tant que la situation
n’évolue pas plus qu’actuellement, la marge de manœuvre de l’Occident est étroite, voire limitée. Le Président OBAMA ne s’y est pas trompé car il fait preuve actuellement d’une très grande
discrétion. Il a peu parlé depuis les jours qui ont suivi l’élection d’Ahmadinejad ; de la même manière, les autres dirigeants occidentaux ne
sont pas très loquaces, en dehors de communiqués formels et laconiques condamnant la répression. Communiqués dont se moque totalement le régime iranien qui poursuit sur la voie de la provocation,
de la répression, de la menace, non seulement à l’égard des étrangers, mais aussi maintenant de son propre peuple.
Combien de temps cela peut-il durer ? Si la situation sur le terrain n’évolue plus dans les
jours ou les quelques semaines qui viennent, le couvercle se sera refermé avec toutes les menaces que fait peser ce régime de haine sur cette partie du monde.
Patrick CURTAUD
Conseiller général de l’Isère
Adjoint au maire de Vienne