Les politiques français, à quelque bord qu’ils appartiennent, ne se tromperaient-ils pas d’époque ? Contrairement à plusieurs pays
qui nous entourent, il y a chez nous, notamment lors des scrutins nationaux, l’avant élection et l’après élection. On pourrait se dire que l’avant élection est la règle dans tous les pays
démocratiques ; c’est un moment où les candidats « se lâchent », sont capables de promettre beaucoup de choses. C’est inévitable et on retrouve cette tendance un peu partout et
comme aiment le rappeler certains, « les promesses n’engagent que ceux qui les entendent ».
Mais bon. Il y a cependant des limites qui semblent être régulièrement repoussées toujours plus loin chez nous. Chez nos voisins
allemands, britanniques, scandinaves, voire espagnols, dans de nombreux domaines, les candidats donnent de grandes orientations auxquelles ils se tiennent. C’est le cas pour un sujet
particulièrement sensible – et qui l’est de plus en plus -, la fiscalité. Chez nous, ce sujet est fortement mis en avant lors des campagnes électorales nationales et rapidement rangé dans un
placard dès le lendemain du scrutin.
Ce n’est pas nouveau. De tout temps, depuis l’élection du Président GISCARD D’ESTAING, les candidats à la fonction suprême de l’État ont
tous annoncé, voulu, décidé de mettre en place des baisses d’impôts sans aller jusqu’au bout. Les uns ou les autres ont toujours été probablement sincères au moment où ils tenaient ces propos.
C’est dans l’application que les choses ont été différentes. Le même GISCARD avait lui-même déclaré, dans les années 70, que la France « deviendrait un pays socialiste dès lors qu’il
atteindrait 40% de prélèvements obligatoires ». Il est celui qui a fait de la France un pays socialiste à double titre : en amenant les prélèvements à plus de 40% et en permettant
l’élection de MITTERRAND.
Lors de son premier septennat, MITTERRAND les avait fait monter à 48% (on était alors bien au-delà du socialisme), pour les baiser
ensuite sous la pression des milieux économiques et surtout de nos partenaires européens. De nombreux prélèvements avaient été alors inventés, toujours au nom de la solidarité, comme cette
fameuse CSG, un outil bien pratique.
Plus près de nous sous la présidence CHIRAC, les taxes, impôts et autres prélèvements n’ont cessé, soit de progresser, soit d’être
inventés pour le plus grand bonheur d’un État tentaculaire toujours à la recherche de recettes dans toutes les niches où il pouvait s’en procurer. Tout en se disant favorable à la baisse des
impôts, on inventait une taxe entre un et dix euros sur les billets d’avion pour aider à enrayer lez fléaux mondiaux que sont le sida, la tuberculose ou le paludisme. CHIRAC allait même jusqu’à
se dire favorable à la taxe TOBIN sur les mouvements financiers internationaux.
Aujourd’hui, rien n’a changé. On annonce des baisses d’impôts d’un côté en campagne électorale et on en prévoit d’autres que l’on veut
« insensibles ». Comme si les impôts l’étaient. Dans le même temps, on nous assomme depuis l’année dernière avec le pouvoir d’achat comme si c’était une nouveauté. Pourtant,
la commission des finances de l’Assemblée Nationale a souligné dans une note l’augmentation constante du nombre des taxes instituées en France. Depuis 2002, environ
quinze taxes et impôts nouveaux ont été mis en place dont près de la moitié au cours des sept derniers mois.
Quelques exemples. Les marins-pêcheurs sont en colère (il y a toujours une catégorie de population « en colère » chez nous) et bloquent les ports. Ils se
plaignent que le poisson ne se vend pas, tout simplement parce que, pour le consommateur, il est cher. La solution : une taxe de 2% sur les « poissons, crustacés et mollusques »
qui rendra tous ces produits encore plus chers. Certainement une invention de technocrate dans un ministère. Il se vendra ainsi encore moins de poisson.
Autre exemple : l’éco-pastille dont les recettes devraient se chiffrer à 470 millions d’euros par l’institution d’une taxe de 200 à 1.600 euros sur l’achat de
certains véhicules considérés comme « polluants ». Il ne s’agit en réalité de rien d’autre que de ponctionner un peu plus l’automobiliste, cette éternelle « pompe à
fric ».
L’imagination fiscale n’ayant pas de limites, d’autres cadeaux sont en préparation : la taxe carbone, la taxation des chaînes privées pour compenser la perte
de recettes de l’audiovisuel public avec la suppression de la publicité, la taxe sur les téléphones portables à forte capacité ou encore sur les opérateurs de télécommunication.
Les taxes et impôts nouveaux ont fait passer les prélèvements de 43% du PIB en 2002 à 44% aujourd’hui. Jusqu’où ?
On envisage même de s’inspirer des Belges qui ont inventé une taxe « pique-nique » de 20% qui s’applique aux sacs en plastique, à la vaisselle jetable,
aux fils en plastique et aluminium que vous utilisez dans votre frigo. Tout ceci dans le cadre du développement durable naturellement que l’on utilise aujourd’hui chaque fois que l’on veut faire
avaler une nouvelle taxe.
Pendant que nous empilons taxes et impôts, pendant que nous chargeons perpétuellement la barque du contribuable-consommateur français, nos voisins l’allègent pour
justement donner du pouvoir d’achat à leurs concitoyens.
Patrick CURTAUD
Conseiller général de l’Isère
Adjoint au maire de Vienne